White Time Building, Baltimore,
11h32
La jeune femme porta sa main à son arme, dissimulée dans sa ceinture. Elle s'avança légèrement, et fit signe à son compagnon de ne pas faire de bruit, sa mine réjouie démentant le sérieux de l'instant. L'autre, sans arme pourtant, n'avait pas besoin qu'on lui donne cet ordre, et fut plus silencieux qu'un chat à l'affût en sortant de la pièce pour prendre par derrière.
Elle resta seule. Soudainement, après quelques minutes d'attente à regarder par la porte entrebâillée, elle ouvrit celle-ci brutalement et entra dans la pièce, le flingue pointé sur tout ce qui pouvait bouger.
A l'intérieur, un homme et un gamin étaient en train de parler. Celui-ci s'enfuit très vite en voyant l'arme, et elle ne tenta pas de le rattraper, n'étant pas sa cible. Elle afficha un grand sourire sûre d'elle voyant que l'autre la dévisageait. Il avait un air surpris montrant que cette fois-ci, il ne s'attendait pas à ce qu'elle le retrouve.
- Je te tiens ! s'écria-t-elle.
- Mlle Parker...
Ce n'est qu'un murmure et un constat, mais elle ne put empêcher son sourire de s'élargir à la vue de celui qu'elle traquait depuis si longtemps.
- Il ne manque plus que Sydney pour que la petite fête soit au complet. Tiens d'ailleurs où est-ce qu'il est passé celui-là ?
Elle observa la petite pièce dépourvue d'atours, et constata que l'homme n'y était pas. Pourtant, l'autre porte au fond celle où elle lui avait ordonné de passer était entrebâillée.
Elle chassa vite cette pensée de son esprit, pour se réjouir pleinement de ce qu'elle venait de faire. L'homme semblait chercher une échappatoire à sa capture, mais pour la première fois depuis bien longtemps, la lueur désespérée de ses yeux montrait bien qu'il n'en trouvait aucune.
- Ecoute, Parker, j'ai... j'ai un homme à arrêter dehors, tenta-t-il.
- Oh, oui, superboy va encore venir au secours de la veuve et de l'orphelin hein ? Pas cette fois Jarod, ils devront se débrouiller sans toi. Mais qu'est-ce qu'il fiche bon sang ?
- Il a tué un enfant !
- C'est pas mon problème.
- Tu ne vas pas réussir à me capturer toute seule Parker.
- Ne me sous-estimes pas. D'ailleurs Sydney est censé être là mais... Qu'est-ce que tu regardes encore ?
Jarod ne l'écoutait plus, et fixait un point derrière elle. Elle sourit, croyant que c'était un piège.
- Tu ne m'auras pas avec une ruse aussi stupide, je...
Mais il reculait, et fixait toujours ce point, qui semblait le terroriser. Elle sut que la lueur affolée qu'il avait dans l'½il n'était pas due à sa capture prochaine, et elle se retourna d'un sursaut, juste a temps pour être submergée d'une lumière blanche aveuglante.
Shenandoah National Park, Virginie
15h18
L'anthropologiste prit la carte des mains de son compagnon pour la tourner dans le sens contraire. Celui-ci sembla un instant désarçonné, avant de parler :
- Oui et bien... de toute façon c'est bien vous qui m'avez donné cette carte dans le mauvais sens !
- Non mais je rêve Booth ! s'écria-t-elle. On est perdu en pleine forêt, et vous, vous essayez encore de vous faire croire que c'est de ma faute ! Ca fait trois bonnes heures que j'essaie de vous persuader que ce plan est à l'envers mais...
- Du calme Bones ! la coupa-t-il. De toute façon on viendra bien par venir nous chercher.
L'anthropologiste souffla, avisa un tronc d'arbre où elle s'assit et détacha sa gourde de son sac avant d'en boire une gorgée. Booth avait reçu une enquête sur un squelette qu'une bande de randonneurs avaient trouvé dans le parc national de Shenandoah, et bien sûr il avait eu besoin des services de sa coéquipière et ses fouines. Ils s'étaient donc rendus dans la forêt, mais, allez savoir comment, avaient réussi à se perdre.
L'agent du FBI se gratta la tête, gêné par leur situation et ayant soudain envie de se réconcilier avec sa partenaire.
- D'accord, j'admets, je suis désolé, tout ça est de ma faute, s'excusa-t-il.
La jeune femme le dévisagea, et, réalisant qu'il était sincère, et que dans leur situation, être rancunière ne servait à rien, se leva et soupira en rangeant la gourde.
- Au moins vous l'admettez... Allez on y va.
Elle remit son sac sur son dos et repartit, carte en main, pour tenter de trouver le chemin qui les mènerait à la scène de crime. Après seulement quelques minutes de marche, Booth s'immobilisa, et voyant qu'elle ne l'attendait pas, appela sa partenaire. Celle-ci se retourna, exaspérée.
- Qu'est-ce qu'il y a encore Booth ?
- Bones...
- On s'est déjà arrêtés trois fois, la première c'était parce que vous aviez faim, la deuxième vous aviez soif, la troisième vous aviez une envie pressante. Qu'est-ce que c'est maintenant ?
- Vous devriez vous retourner Bones...
- Quoi ? Mais qu'est-ce que vous...
- Faites ce que je vous dis.
La jeune femme le dévisagea un très court instant, intriguée par son attitude, puis lui obéit, convaincue par le son de sa voix que ce n'était pas une blague. Elle fit un bond en arrière en voyant une lumière blanche étincelante avancer vers eux. Booth sortit son flingue et le pointa vers l'espèce de brouillard menaçant.
- Courez ! cria-t-il à sa partenaire
- Je... je ne vais pas vous laisser...
- Faites ce que je vous dis !
Il avait presque crié cet ordre, et elle fut tentée de partir, mais elle ne pouvait pas le laisser affronter seul le danger. Alors, il se tourna vers elle et lui adressa un regard suppliant qui la fit changer d'avis.
- S'il vous plaît...
Elle frémit, et finit par obéir. Après quelques secondes de sa course, des coups de feu retentirent dans la forêt, mais elle ne se retourna pas pour voir ce qui se passait. Quand enfin, elle le fit, c'était trop tard. La lumière étincelante l'avait déjà recouverte de son halo.
Hopital universitaire, Princeton-Plainsboro
19h04
- Je peux savoir où vous étiez de quinze à dix-sept heures aujourd'hui ?
L'homme se retourna, et fit un petit sourire en se plongeant dans le décolleté de sa patronne. Il s'appuya sur sa canne et se dirigea vers son but initial, soit le parking de l'hôpital en lui répondant ironiquement :
- Quoi, Wilson a été tué et je suis votre principal suspect c'est ça ?
- Je ne plaisante pas House, vous avez manqué deux heures de consultations, où étiez-vous passé ?
- Allé aider un orphelin dont le père était malade.
- Ca ne marche pas, vous me devez quatre heures ! répliqua-t-elle.
- Cette fois c'est la vérité, je... tenta-t-il.
- Huit heures !
Il leva les yeux au ciel. C'était pourtant vrai, aussi difficile que ce fut à croire, un petit garçon était débarqué à l'hôpital en décrétant que son père avait la rage, et il avait bien eu à aller le soigner, mais il savait aussi qu'au vu du nombre de fois où il avait sorti des excuses bidons de ce genre, sa directrice ne le croirait pas.
- D'accord, j'ai compris la leçon maman je recommencerai plus, lança-t-il.
Ils arrivèrent sur le parking souterrain, et il avisa une moto garée non loin de lui. Il n'y avait presque aucune voiture à cette heure-ci.
- J'y compte bien !
Elle se retourna, et ses talons claquèrent sur le sol tandis qu'elle partait en direction de sa propre voiture. Il observa un instant sa démarche, et surtout sa chute de rein très visible étant donné sa tenue, avant de se tourner vers son propre véhicule. Il soupira en pensant aux huit heures pénibles qui l'attendraient le lendemain.
Le calme qui régnait dans le parking était presque effrayant, malgré l'habitude qu'il en avait. Il est vrai que, d'ordinaire il y avait toujours quelques voitures qui passaient non loin de l'hôpital, et des piétons se bagarrant sur le trottoir au dessus d'eux, voire des chiens aboyant dans le lointain, mais il attribua cette absence de son à l'heure tardive à laquelle il rentrait chez lui. Il détacha l'antivol de sa moto et prit le casque qui y était aussi attaché. Avant qu'il ait seulement le temps de le porter à sa tête, des talons aiguilles résonnant rapidement sur le sol attirèrent son attention. Il se retourna, et c'était de nouveau sa directrice. Pourtant, quelque chose était étrange, au lieu de marcher, comme l'aurait fait n'importe quelle femme portant des chaussures comme les siennes, elle courait vers lui et semblait effrayée. Avant qu'il n'eut pu faire quoi que ce soit, l'inévitable se produisit, et elle tomba tandis que son talon se faisait la malle. Elle resta allongée sur le sol, et il se précipita vers elle, aussi vite que le lui permettait sa canne.
- Cuddy ?
Elle n'était pas inconsciente, et se releva à demi sur ses mains. La peur n'avait pas disparu de son visage.
- Il y a quelque chose... là bas.
Il s'apprêta à faire l'une de ses remarques cinglantes, mais soudain, une lumière blanche aveuglante les illumina et le recouvrit sans même lui laisser le temps d'être effrayé.
QG du NCIS, Washington
23h28
Il faisait nuit dans les bâtiments d'un gris triste. Seule une lumière était encore allumée, à un bureau précis, celui de l'agent spécial Gibbs. Celui-ci soupira, avant de l'éteindre, plongeant la grande salle dans le noir. Il devait être près de minuit, et comme à son habitude l'agent spécial était encore au travail. De toute façon, il savait que le reste de sa soirée se composerait principalement du ponçage de son bateau, et rien ne le retenait chez lui. Il se leva pourtant, et, après avoir pris ses affaires, se dirigea vers l'ascenseur guidé par la faible lumière rouge qui se dégageait des boutons.
Le NCIS n'était pourtant pas si vide que ça, parce que quand Leroy Jethro Gibbs pénétra à l'intérieur de la cage métallique, il eut la surprise, et aussi le plaisir dissimulé, d'y trouver sa directrice, encore là malgré l'heure tardive. Il fit mine de la saluer, mais elle coupa son propre prénom d'une voix glaciale.
- Jenny...
- Agent Gibbs.
Il soupira, réalisant qu'elle devait encore lui en vouloir de l'affaire qui s'était déroulée le jour même. En effet, il avait osé intervenir alors qu'elle tentait de calmer l'un de ses supérieurs énervé par les méthodes de l'ancien marine, après quoi il avait du sortir pour ne pas se faire virer.
- Vous m'en voulez toujours directeur ?
- Oui.
Ce simple mot le fit sourire. Elle n'avait jamais pu dissimuler ses sentiments, et là ce n'était plus la colère qui dominait mais plutôt de l'agacement qu'il défie encore ses ordres.
- Je ne vais pas te dire que je suis désolé... commença-t-il.
- Je sais c'est une preuve de faiblesse, le coupa-t-elle.
Il sourit de nouveau.
- Finalement je t'ai peut-être bien formée.
Elle ne répondit rien, mais sans la voir il pouvait deviner le sourire qui se dessinait sur ses lèvres. Elle n'avait jamais pu lui résister. L'ascenseur s'arrêta enfin, et il la laissa passer devant lui pour sortir. Ils marchèrent sans un mot vers le parking, et se séparèrent.
- A demain madame, fit-il en insistant bien sur le dernier mot.
- Bonne soirée agent Gibbs, lui adressa-t-elle sur le même ton.
Gibbs sourit avant de se diriger vers sa voiture. Il l'ouvrit, sans même avoir besoin des clés son assurance anti-vol étant dans sa boîte à gant en la présence d'un flingue, et entra dedans. A peine avoir refermé la portière, il se figea en entendant un cri. Un deuxième le suivit et il sortit de sa voiture en reconnaissant la voix de Jen. Il regarda autour de lui, cherchant d'où ils venaient, mais un coup de feu rompit le silence de la nuit, et il n'eut qu'à se diriger vers lui.
Il trouva sa directrice au sol, l'arme de service pointée sur ce qui semblait être un brouillard lumineux tranchant avec la nuit.
- Jenny !
Elle se retourna, et il vit clairement son visage éclairé qui avait pris une expression d'horreur intense. Elle ouvrit la bouche pour parler, mais n'eut rien le temps de dire. La lumière l'avait recouverte, en même temps que son agent.